Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ? Y a-t-il eu un déclic ?
M.C : Olivier et moi nous connaissons depuis longtemps. Je l’avais invité au Magazine de la santé lorsqu’il avait publié ses premiers ouvrages. Il s’est occupé de mes deux garçons, diagnostiqués TDAH… jusqu’au jour où il m’a moi-même diagnostiqué ! On en parlait tellement tous les deux qu’on s’est dit qu’il fallait témoigner. Olivier en tant qu’expert et témoin, moi en tant que médecin vulgarisateur et témoin également. On forme un bon duo pour parler sérieusement, simplement, et surtout sans négativité, de cette neuroatypie.
Vous avez tous les deux été diagnostiqués. Qu’est-ce que cela a changé dans votre compréhension de vous-même ?
M.C : Ça m’a rendu plus tolérant envers moi-même. Je me suis dit : « Ah, c’est pour ça que j’ai eu tant de difficultés dans certains domaines, que j’ai 15 000 idées à la minute, que je ne supporte pas les réunions de plus de trente minutes, que je suis impatient… » Comprendre mon fonctionnement m’a apaisé. Le diagnostic m’a rassuré bien plus qu’il ne m’a inquiété.
O.R : Pour moi aussi, ce fut très apaisant. Je l’ai découvert plus tôt, lors d’un master au Canada, dans les années 1990, alors qu’on en parlait très peu en France. Mon propre enfant y avait été diagnostiqué, et j’ai compris que j’étais concerné moi aussi. Se dire : « Je ne suis pas bête, je ne suis pas mal élevé, je ne suis pas déficient »… mais que j’ai un fonctionnement différent, c’est libérateur. Quand on ne le sait pas, le quotidien peut être dramatique. Quand on comprend que c’est neurologique, tout change.
Recevoir un diagnostic, est-ce une étiquette… ou une libération ?
O.R : Pour nous, c’est une libération. Pour les enfants que je soigne, c’est un immense soulagement quand j’explique aux parents pourquoi leur enfant fonctionne ainsi. Donner du sens aux moments compliqués apaise tout le monde.
Pourquoi le diagnostic reste-t-il particulièrement difficile chez les femmes ?
O.R : Le diagnostic repose sur trois catégories de symptômes : troubles de l’attention, hyperactivité, impulsivité. Quand les trois sont présents, c’est plus visible. Mais certaines personnes présentent surtout des troubles de l’attention. Or ce profil concerne souvent les femmes. Elles compensent, masquent, internalisent, se suradaptent, parfois depuis l’enfance. Cela tient parfois jusqu’à ce que la charge mentale devienne trop lourde. Le TDAH des femmes est donc longtemps resté invisible.
On parle beaucoup des difficultés. Quelles forces retrouvez-vous chez les personnes TDAH ?
O.R : Regardez Michel ! L’exemple du TDAH qui a réussi !
M.C : Les qualités peuvent aussi devenir des handicaps si elles ne sont pas comprises. Mais un cerveau qui bouillonne, c’est une créativité permanente. L’impulsivité, ce n’est pas seulement parler trop vite : c’est aussi partager immédiatement une idée, envoyer un message à 5 heures du matin. On s’ennuie vite, donc on cherche des défis. Télé, radio, théâtre… j’empile les projets pour nourrir ce cerveau avide de nouveauté. Mon mantra ? Rien n’est impossible, même l’invraisemblable. Je préfère tenter et échouer que regretter de ne pas avoir essayé.
O.R : Chez mes patients, je retrouve toujours des qualités communes : ingénieux, empathiques, solidaires, créatifs, volontaires. À condition de ne pas avoir été cassés par un environnement trop dur. Quand on prend en charge les difficultés, il reste des personnalités généreuses et passionnantes.
“Un diagnostic n’est pas un destin. Ce n’est pas une étiquette péjorative collée à un enfant pour la vie.”
Dans votre livre, vous évoquez aussi le rôle apaisant des animaux. En avez-vous ?
O.R : J’ai un labrador et un malinois, et leur présence a fait beaucoup de bien à mes enfants. Les animaux ne jugent pas. Or les personnes TDAH se sentent souvent jugées ! À l’hôpital, nous faisons venir des animaux une fois par semaine : cela aide énormément, aussi bien les patients que les équipes.
M.C : Nous avons une chatte à la maison… mais je crois qu’elle ne m’apprécie pas vraiment.
O.R : C’est peut-être le seul animal qui juge !
Quel message aimeriez-vous transmettre aux parents qui découvrent que leur enfant est TDAH ?
O.R : Le message, c’est nous. Oui, on peut vivre avec un TDAH. Oui, on peut réussir, même professionnellement. Le parcours n’est pas rectiligne, mais ce n’est pas une fatalité. Et surtout : un diagnostic n’est pas un destin. Ce n’est pas une étiquette péjorative collée à un enfant pour la vie.
Écrire un livre à deux TDAH, ça donne quoi ?
M.C : Un TDAH qui écrit un livre, c’est déjà compliqué. À deux, c’est sportif ! Nous avons fait appel à notre ami journaliste Patrice Romedenne pour structurer le travail. L’éditrice nous a aidés à tenir les délais. Il faut la carotte… et le bâton.
O.R : Je soupçonne même notre éditrice d’avoir fixé de fausses deadlines en anticipant notre tendance à déborder ! Mais c’était un travail d’équipe vraiment sympa.
Le TDAH, ce sont des montagnes russes permanentes… un peu comme être amis quand l’un supporte le PSG et l’autre l’OL ?
O.R : En matière de foot, on est des passionnés ! On se taquine sans filtre, sans rancune. C’est l’un des points forts de notre amitié : le foot, c’est des hauts et des bas, à la hauteur de nos troubles ! Si nous n’étions pas tous les deux TDAH, notre amitié ne serait pas la même.
M.C : C’est cette impulsivité qui nous permet de nous envoyer des piques… et d’en rire, beaucoup !
Heureux comme des TDAH – Comment faire de votre différence un atout, Michel Cymes et Olivier Revol, Éditions Albin Michel, en librairie.