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Pourquoi le maquillage peut être un signe de pouvoir ?

Par Sarah Hellec |
Pourquoi le maquillage peut être un signe de pouvoir ?

Un coup de rouge à lèvres avant une réunion importante ou un trait d’eye-liner bien affirmé avant un rendez-vous : le maquillage n’est plus une affaire de coquetterie. C’est parfois un vrai déclencheur de pouvoir. Chez les femmes, il dépasse le simple outil pour “s’embellir” ou “plaire aux hommes”. Il est là pour nous plaire à nous, pour renvoyer au miroir une image dans laquelle on se sent forte, légitime, prête à imposer notre place dans le monde.

Quand le maquillage raconte l’histoire

Le maquillage a toujours été un instrument discret d’émancipation. Dans l’Égypte antique, pharaons et reines appliquaient du khôl noir autour des yeux, à la fois talisman contre les mauvais esprits et signe de puissance. Cléopâtre, avec ses pigments intenses et son charisme légendaire, savait que souligner son regard, c’était aussi asseoir son autorité.

À la Renaissance, poudres blanches et fards étaient des marqueurs sociaux incontournables — quitte à contenir des composants toxiques — auxquels les femmes devaient se conformer à tout prix. Les reines de France jouaient déjà de leur apparence comme d’un langage de pouvoir. Au Japon aussi, les geishas ont élevé l’art du maquillage au rang de rituel, symbole de raffinement, mais aussi d’indépendance économique dans un monde d’hommes.

La révolution du XXe siècle

Puis vint le XXᵉ siècle : dans les années 20, le rouge à lèvres rouge devient l’étendard des suffragettes, marquant le début de la revendication féministe par le maquillage, puis l’allié des résistantes pendant la guerre – un vrai symbole patriotique, notamment aux États-Unis. Dans les années 50, il se transforme en accessoire de la ménagère idéale, avant de se réinventer dans les années 80 avec des couleurs flamboyantes, miroir d’une nouvelle émancipation féminine.

Marilyn Monroe et sa bouche écarlate, Joséphine Baker qui défiait les codes, Brigitte Bardot et son eye-liner signature… Ces icônes qui ont marqué l’histoire avaient bien compris que le maquillage pouvait être un manifeste : celui de la féminité choisie, assumée, parfois rebelle.

Au-delà de l’aspect esthétique, le maquillage a toujours été un véritable langage social et politique. Dans les années 50 et 60, les pin-up américaines utilisaient le rouge à lèvres vif et l’eye-liner graphique comme symbole de séduction assumée, mais aussi de liberté face aux codes stricts de l’après-guerre. Quelques années plus tard, le mouvement punk et glam rock des années 70 et 80 a transformé le maquillage en arme de provocation et d’affirmation de soi.

Le diable s’habille en Prada, mais porte du rouge à lèvres

En 2025, le maquillage est partout, et surtout là où on ne l’attend plus. Il est “armure” pour un entretien, catalyseur de confiance avant un premier rendez-vous, simple plaisir du matin pour booster l’humeur. On refuse de s’effacer et on s’assume pleinement à travers son style, sans crainte d’en “faire trop” ou d’attirer trop de regards. Les études en psychologie l’ont montré : préparer son visage peut déclencher un état d’esprit plus affirmé, comme un mini rituel d’empowerment.

Côté style, toutes les tribus cohabitent : gothiques, emo, pin-up modernes, adeptes du “clean girl look” ou fans de paillettes XXL. Les marques ont ouvert la voie : Fenty Beauty, Rare Beauty, Pat McGrath… elles célèbrent la diversité des carnations, des genres et des envies.

Maquillage et protestation

Se maquiller, c’est aussi refuser les diktats impossibles : on sera de toute façon soit “trop maquillée”, “vulgaire”, soit “pas assez féminine”, “peu présentable”. Bref, jamais “assez”. La vraie liberté, c’est de choisir : un full face, un gloss discret… ou rien du tout. Le mouvement no-make-up rappelle que ne pas se maquiller pour une soirée peut être tout aussi politique que de faire une full-face pour aller manger au McDo.

Exemple récent : Pamela Anderson a décidé d’apparaitre sans maquillage sur plusieurs tapis rouges. Un choix assumé, qui célèbre sa peau, ses rides, salué par beaucoup, mais aussi critiqué par ceux qui pensent qu’elle renonce à son image de femme fatale (spoiler : les hommes).

Il s’inscrit par ailleurs dans le même désir de contrôle de son image et d’opposition face à ce qui est attendu des femmes aujourd’hui (par les hommes surtout…). Je ne suis pas “peu présentable” parce que j’ai des cernes, des rides ou des boutons et que je ne me maquille pas. J’ai des cernes, des rides ou des boutons parce que j’existe, et j’ai décidé de ne pas me maquiller. Nuance et laissez-nous vivre. Parce que si on commence à parler de “pas présentable” pour les hommes qui tentent un comb over sur leur calvitie, on va dire que c’est nous les méchantes.

Et les hommes ?

Et enfin, n’oublions pas la démocratisation côté masculin : influenceurs, stars de la pop, acteurs ou internautes montrent qu’un trait de crayon ou un fond de teint n’a rien d’exclusivement féminin. Sur Instagram ou TikTok, les hommes prennent leur place dans l’univers de la beauté, et revendiquent leur droit à s’exprimer librement. En Corée du Sud, c’est même la norme : les hommes prennent soin de leur peau, se maquillent au même titre que les femmes. Le maquillage casse doucement les barrières des genres pour devenir un terrain d’expression universel. Il rappelle à tous que la seule règle avec le maquillage, c’est qu’il n’y a pas de règles.