L’éco-anxiété, c’est quoi ?
En 2023, le dictionnaire du Larousse définit l’éco-anxiété comme une “forme d’anxiété liée à un sentiment d’impuissance face aux problématiques environnementales contemporaines”. Toutefois, ce concept n’est pas reconnu comme un trouble par l’Organisation mondiale de la santé. Il constitue un facteur susceptible d’aggraver un trouble d’anxiété généralisée.
Chez les personnes sujettes aux angoisses par le passé, l’éco-anxiété peut engendrer une véritable détresse psychologique : trouble du sommeil et de la concentration, baisse de motivation et manque de projection. Elle peut également se traduire par de la colère. Les étudiants dénoncent les comportements irresponsables et égoïstes responsables de la crise écologique.
Des jeunes sensibles et sensibilisés
Selon l’étude de Noura Yefsah, 62 % des étudiants se déclarent préoccupés par le dérèglement climatique. Le mal-être observé chez ce public en pleine période de transition s’explique par une forte conscience des enjeux. Sensibilisés dès l’école et exposés aux médias et réseaux sociaux, les jeunes bénéficient de multiples sources d’information. Dans ce contexte, la difficulté à se projeter dans l’avenir favorise un sentiment d’isolement et d’immobilisme. Le dialogue aide à se questionner et à chercher des solutions. L’un d’eux témoigne : “maintenant, j’ai l’occasion de dire que j’ai peur”.
Néanmoins, l’éco-anxiété ne se manifeste pas de manière égale. Les jeunes femmes sont généralement plus sensibles au vivant et à leur environnement. Les étudiants favorisés se sentent très concernés par le sujet. À l’inverse, un étudiant précaire évoque des préoccupations plus immédiates, telles que le logement ou l’alimentation.
Les étudiants en quête de réponses scientifiques
Lorsque Noura Yefsah s’est intéressée à l’éco-anxiété en 2023, elle a découvert que les rares travaux de recherche sur le sujet concernaient les jeunes mais pas spécifiquement les étudiants. Pourtant, son étude démontre qu’ils croient largement au réchauffement climatique et l’associent au terme de “chaos, crise et catastrophe”. Elle plaide pour une réflexion interdisciplinaire des sciences et de la psychologie sur les liens entre le climat et l’être humain.
Dans la société, le déni collectif tend à considérer l’éco-anxiété comme un effet de mode comparable aux crises existentielles de l’humanité. À l’image de la peur du nucléaire, l’éco-anxiété serait une crise passagère. Pour la docteure en psychologie, la différence réside dans les effets concrets déjà observables. À chaque épisode de chaleur, une inquiétude diffuse grandit dans la population : “Est-ce que c’est normal ?” Son objectif n’est pas tant de prouver l’existence du concept d’éco-anxiété que d’en analyser les conséquences sur la santé mentale.
« Pour beaucoup de jeunes, l’éco-anxiété n’est pas un effet de mode, mais une inquiétude bien réelle pour leur avenir. »
Noura Yefsah, docteure et chercheuse en psychologie
Comment agir face à l’éco-anxiété ?
“L’important est de transformer cette inquiétude en une action, une réflexion, un objectif”. Selon la chercheuse, libérer la parole est une première étape pour transformer la colère en dynamique d’action. En pratique, l’étude a permis de partager des ressentis communs : “tout le monde s’est libéré sans crainte d’être jugé.”
Elle préconise la mise en place de groupes de parole afin de réfléchir collectivement. “La priorité, c’est de les accompagner, les écouter, les apaiser, les comprendre et offrir un climat psychologique serein pour s’épanouir”. Certains étudiants intègrent les notions environnementales dans leur choix de formation, afin d’obtenir plus d’informations et d’apporter des réponses concrètes.
L’éco-anxiété est un appel à repenser la relation avec l’environnement. Alimentation, consommation, transports ou décisions politiques, la jeunesse plaide pour le changement tandis que le corps universitaire commence à se mobiliser. Noura Yefsah le rappelle : “c’est leur avenir et c’est important.”